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Karma

Meditation Presence

Meditation techniques : Karma.



Dans le silence de l'Insondable - extraits





Karma




Sommaire

Préface de Michel Cazenave.
Introduction
Avant-propos avec un conte spirituel de l’auteur.
1 - Les différents niveaux de conscience dont l'homme ignore l'existence.
Histoire bouddhiste de l’anneau du roi.
2 - L'appel et le rappel.
Comprendre l’importance de l’appel.
La raison d’être de la Création.
L’importance de l’aspect féminin de la Création.
Le Pêcheur Divin.
Comment répondre à l’appel intérieur.
3 - Centre de gravité et obéissance.
L’influence grandissante et adverse des machines.
Deux erreurs importantes à éviter.
Histoire indienne de la pépite d’or.
L’importance du sentiment dévotionnel.
4 - La passivité intérieure.
Histoire indienne de l’arbre à souhaits.
5 - Le problème des pensées tenaces qui harcèlent l'aspirant.
Histoire indienne du singe, du martin-pêcheur et du lapin.
Histoire bouddhiste des quatre moines.
6 - Le but.
Conscience de soi et rappel du But sont inséparables.
7 - Le rappel de l'impermanence comme pratique spirituelle.
Conscience Lumineuse ne signifie pas lumière tangible.
8 - La mémoire.
L’obstacle de la mémoire ordinaire.
Histoire soufie du lion.
La mémoire de l’Univers en l’être humain.
Il existe un autre type de mémoire.
9 - Potentialités et sécurité intérieure.
Le mystère des potentialités infinies dans la création musicale.
Histoire indienne du roi et du premier ministre.
Détente physique et don de soi.
Le danger de l’apathie et de la routine.
Sécurité intérieure.
10 - La mort.
L’énigme de l’apparition de la Création.
Pourquoi l’aspirant a le choix de faire ou non des efforts.
11 - Karma et souffrance.
La grandeur de Gandhi.
Interdépendance.
Pourquoi la souffrance ?
12 - Le présent.
Le don inconditionnel de soi dans le présent.
Histoire bouddhiste des deux moines.
Partager les fruits spirituels acquis.
13 - L'aspirant et le mystère de l'existence phénoménale.
Histoire soufie des éléphants volants.
Le danger de se fier aux sens.
14 - L’empêchement majeur à la libération.
De quoi doit-on se libérer ?
L’identification au corps.
Histoire soufie du scorpion.
15 - Causes et conditions de la récurrence.
Le poids de l’habitude et la récurrence.
En guise de conclusion avec un conte spirituel de l’auteur.
Instructions pour aider un mourant au moment critique de son départ de ce monde.







Extraits du chapitre 11 : Karma et souffrance

Il est nécessaire d’aborder ici une question extrêmement délicate ; il s’agit du karma et de la notion que l’on a généralement de ce mot, car ce terme est le plus souvent utilisé de façon irréfléchie pour, en quelque sorte, justifier la souffrance et l’injustice qui accablent tant de gens.
Il faut préciser que la doctrine du karma est originaire de l’Inde et antérieure au bouddhisme ; elle imprègne toute la philosophie hindoue. Il s’agit d’une loi impersonnelle de causalité, reprise par le Bouddha, et qui n’a aucun rapport avec une quelconque rétribution morale.

Partout dans le monde, les êtres humains ont toujours cherché à connaître la raison des injustices et de la souffrance qu’ils subissent et qu’ils voient autour d’eux. L’Occident a répondu à cette interrogation troublante en  les attribuant àla volonté  de Dieu, une volonté qui reste incompréhensible pour l’homme, mais que celui-ci doit accepter. L’Inde mystique, quant à elle, a reconnu la loi de l’enchaînement des causes et des effets, un enchaînement infini, trop impersonnel pour pouvoir satisfaire à la soif populaire de justice ; aussi, la doctrine originelle a-t-elle été déformée en une notion de faute et de mérite. C’est précisément cette idée qui, actuellement, est couramment véhiculée en Occident, avec son dangereux corollaire de condamnation et de dureté à l’égard de l’autre.

Bien qu’il soit vrai, comme expliqué à plusieurs reprises dans cet ouvrage, que chaque être humain est et ne peut être que le résultat de ce qu’il a fait de lui-même dans un passé proche ou lointain (c’est-à-dire de la façon dont il a agi et de ce qu’étaient ses principaux intérêts dans la vie) et qu’il  se trouve parfois placé dans des situations qui lui paraissent excessivement dures, mais que, sans peut-être qu’il ne le réalise, il a attirées à lui par la manière dont il vibre en lui-même, cela ne signifie pas pour autant que tout ce qui lui arrive comme drames ou comme difficultés soit la conséquence de mauvaises actions commises autrefois. Il ne faut en effet pas oublier que tout être humain subit, dès l’enfance (alors qu’il est encore très vulnérable), le conditionnement de son entourage et de son époque ainsi que le destin du pays dans lequel il est né — destin parfois terrible, comme on l’a vu au Rwanda, en Bosnie, au Cambodge, au Tibet, ou encore durant la seconde guerre mondiale —, et cela, sans qu’il n’ait une quelconque « faute karmique » à expier.

Il existe certainement des causes à tous ces drames, et ces causes ont produit des effets (ce qui est la stricte définition de la loi du karma proclamée par le Bouddha, à savoir : « Il n’y a pas d’effets sans cause »), mais la cause n’est pas forcément imputable à celui qui en subit l’effet. C’est cette constante confusion entre la cause de la souffrance et la responsabilité de celui qui la subit qui fait que le mot « karma » est jeté sans réfléchir au visage de malheureux d’une façon que l’on ne peut que qualifier d’intolérable — comme c’est le cas pour les intouchables en Inde !

Ces pauvres gens sont constamment traités avec mépris, car la croyance populaire hindoue attribue le fait de naître intouchable à des fautes commises dans d’autres existences.
C’est ainsi, par exemple, que, quand un brahmane a besoin de faire réparer ses sandales endommagées, comme ce serait se souiller que de manipuler du cuir — la peau d’un animal mort —, il s’adresse à un intouchable. Il reste à une certaine distance de celui-ci, pour ne pas être souillé par lui, et lui jette les chaussures que le cordonnier ramasse humblementet s’empresse de réparer. Un fois le travail accompli, il serait irrespectueux de sa part de lancer les sandales à leur propriétaire, aussi, les dépose-t-il à terre, puis il s’éloigne suffisamment pour que le brahmane puisse les récupérer ; ce dernier laisse sur le sol une somme dérisoire, qui est, selon lui, tout ce que cet homme mérite — vu son mauvais karma, cause de sa naissance en tant que hors caste —, et avec laquelle ce pauvre hère doit nourrir sa famille qui vit dans une misère effroyable !

Ce brahmane se demande-t-il jamais quel peut être le sentiment de ce malheureux, constamment traité avec un tel mépris ? Songe-t-il un instant à la terrible prison mentale dans laquelle ce paria est enfermé, une prison mentale qui est pire que la prison physique — de laquelle il est parfois possible de s’échapper.
Mais n’est-il pas vrai que, sans en avoir généralement conscience, l’homme non illuminé enferme tout le temps, d’une façon ou d’une autre, les personnes avec qui il entreen contact dans l’impression qu’il se forme d’elles et qu’il n’arrive plus  à lâcher, parce qu’il est incapable d’être suffisamment présent et libre intérieurement pour pouvoir les regarder toujours d’une manière neuve ? Et, ce faisant, d’une façon très particulière, il s’enferme lui aussi dans la prison dans laquelle il met les autres !

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Pour revenir à la question si troublante de l’injustice criante qui règne partout dans le monde, ne faut-il pas s’interroger sur le fait qu’en dépit des maux qui affligent l’humanité, il y ait si peu d’hommes et de femmes qui cherchent à connaître la véritable raison de leur présence sur Terre ? La plupart restent sous l’emprise hypnotique du monde visible et demeurent passivement asservis aux plaisirs sensoriels qu’il leur offre.
Vu que seule une infime poignée tente de répondre à un appel intérieur qui relève du Sacré, et cela bien que l’existence manifestée soit tellement insatisfaisante et parfois même révoltante, qu’adviendrait-il si celle-ci était à jamais agréable, paisible et dénuée de toute lutte et de toute douleur ? Il n’y aurait alors plus aucune chance qu’un seul être humain se souciât de dévoiler le sens mystérieux de l’apparition de la Vie sur cette planète. Dès lors, il est peut-être permis d’affirmer que l’imperfection, le désordre et l’injustice ont, dans un certain sens, leur place dans l’existence ; ils ont un rôle mystérieux à jouer dans la Création et sont, paradoxalement, nécessaires pour inciter l’être humain à essayer de trouver une réponse à l’énigme de sa propre vie et d’appréhender la raison de la souffrance inhérente à toute incarnation.

.../
Comme dit précédemment, si, devant l’infortune des autres, un chercheur entretient l’idée que tout ce qui leur arrive résulte de fautes qu’ils auraient commises autrefois, il peut très facilement devenir insensible à leur détresse. Dans cette même logique, il risque de nourrir en lui le sentiment, conscient ou inconscient, d’avoir mérité toutes les circonstances favorables dont il a pu bénéficier au cours de son existence, en les attribuant aux bonnes actions qu’il aurait accomplies jadis. Ce faisant, il tomberait dans le piège de l’autosatisfaction qui le maintiendrait emprisonné à son détriment dans une image flatteuse de lui-même et lui barrerait la route vers la réalisation de ses aspirations supérieures.