Dans le Silence de l’Insondable

Dans ce dernier ouvrage, Salim Michaël incite le chercheur à fournir des efforts sincères pour découvrir la chose la plus importante pour lui : la Source Primordiale d’où il a émergé, qui n’est autre que sa Nature-de Bouddha, le Nirvana ou l’Infini en lui.

Mais l’auteur souligne que c’est par la compréhension et non par la contrainte qu’un aspirant peut se dégager peu à peu des liens qui l’entravent. Cette compréhension particulière dépend de la reconnaissance en lui de différents niveaux de conscience dont le monde ignore la possibilité. Il existe en effet en l’être humain toute une gamme de différents niveaux de conscience, depuis la conscience ordinaire jusqu’à la Conscience Suprême, autrement dit Divine ; et il est possible de les connaître.
Il y a deux types de mémoire. Comment utiliser ce constituant essentiel de la psyché humaine de façon spirituellement profitable? Il est même possible, par un travail spécifique, d’arriver à découvrir que l’on porte en soi la mémoire de l’Univers.

Le chercheur doit se rappeler qu’il porte en lui des potentialités infinies qu’il peut découvrir en s’élevant à un tout autre niveau de conscience et d’être, des potentialités extraordinaires qui lui apporteront des richesses intérieures dont il ne soupçonnait pas l’existence.

La question délicate du karma est également abordée, car il est essentiel de ne pas accepter sans discrimination l’idée que l’on en a généralement.

Quelle est la raison pour laquelle la Création est apparue ?
De quoi doit-on se libérer ?
Toutes les compréhensions d’ordre mystique exposées dans ce livre feront pressentir au lecteur qu’il est entouré de mystères et susciteront en lui des questions vitales sur le sens de sa vie.
Michel Cazenave – Ecrivain – Journaliste

Je le dis humblement, mais avec toute la certitude dont je suis habité : c’est un privilège dans sa vie que d’avoir rencontré Salim Michaël.

Non que j’ai été de ses élèves, mais parce qu’ayant eu la chance de pouvoir converser avec lui et de le fréquenter durant de longs après-midi, j’ai pu me convaincre de l’évidente vérité de ce que j’avais ressenti devant lui dès la première minute : je me trouvais en face d’un maître spirituel absolument authentique.
En vérité, si je voulais caractériser Salim Michaël, ce serait par ces trois mots, ou trois expressions : une rigueur toujours en éveil, une exigence insatiable, une expérience intérieure indubitable, et sans doute menée jusqu’aux limites de l’humainement supportable.

Il y a chez lui une force d’évidence: il n’invite à rien qu’il n’ait d’abord expérimenté lui-même   — et quand on le voit assis en lotus devant soi, tout pétri de concentration et d’une attention soutenue au plus petit des détails, quand on voit comme il hésite quelquefois sur le mot qu’il lui faut prononcer tant il a peur de le mal choisir, de trahir ainsi le fond de son message et de vous induire malgré lui sur la voie de l’erreur, on ne doute pas un instant de ces moments d’enstase qu’il rapporte avoir vécu. Moments qui lui créent un devoir, la plus impérieuse des obligations : guider avec rigueur – ce qui ne veut pas dire sans compassion – chacun de ses élèves sur ce royal chemin qu’il a lui-même balisé. »
Louis Rolland Sources mars/avril 2007

Au soir d’une longue vie, tôt vouée à la recherche intérieure, Salim Michaël nous donne ici un livre qui a des accents de testament spirituel. Après une enfance et une adolescence ballotées dans le contexte politique troublé du Moyen Orient de l’entre‑deux guerres, privé à la fois de formation intellectuelle et de transmission religieuse, il revient en Grande-Bretagne, son pays natal, au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. C’est pendant la période qu’il passe sous l’uniforme qu’il apprendra à lire et à écrire, puis quelques années après la guerre, suite à une rencontre, c’est sans guide et sans préparation qu’il aborde la pratique de la méditation. Il entre ainsi dans une quête intérieure qu’il n’aura de cesse d’approfondir, car c’est au cours d’expériences spirituelles de plus en plus profondes qu’il trouve des réponses à son questionnement sur le sens de la vie humaine.

La spécificité et l’intérêt tout particulier de l’enseignement transmis par Salim Michaël tient au fait qu’il est fondé sur une expérience intérieure, hors de tout dogme ou spéculation intellectuelle. Avec le temps, il s’aperçoit que cette voie, qu’il avait ouverte avec détermination, recoupe celle empruntée par les mystiques des grandes spiritualités et religions, et plus particulièrement du bouddhisme. C’est pourquoi, sans pour autant entrer dans une démarche syncrétique, il éclaire son propos en citant les versets de trois grands textes sacrés qui ont pour lui une importance particulière ‑ le Dhammapada, l’Évangile et la Bhagavad‑Gîtâ, mais aussi les paroles de mystiques soufis ou chrétiens.

C’est d’abord pour ses élèves ‑ ceux qui ont entendu un appel vers la profondeur qui est en eux, et qu’il appelle les «aspirants» que Salim Michaël a écrit. Ce sont les pratiques spirituelles qu’il a lui-même expérimentées au cours d’un cheminement intérieur rigoureux et exigeant, et les connaissances qu’il en a retirées, que Salim Michaël expose ici. Pour lui — il y revient sans cesse —, ce « retour vers la Source sacrée des origines », la « Nature de Bouddha », est un combat de tous les instants. Et pour engager ce combat, il faut préalablement se dégager de l’inertie, sortir du « sommeil diurne », état dans lequel se tient l’homme ordinaire ignorant de sa nature d’origine divine ; une situation qui fait de lui « un être tragiquement inachevé ». Pour être conscient de soi‑même à un autre niveau que celui que nous connaissons ordinairement, puis s’y établir de plus en plus longuement, il faut avoir recours à des exercices de concentration et faire preuve d’une vigilance de tous les instants, dans la sincérité et avec une fraîcheur toujours renouvelée.

L’auteur illustre son propos de contes et de paraboles puisés dans l’hindouisme, le bouddhisme ou le soufisme, ou encore — il fut lui‑même compositeur — en faisant appel à l’art musical ou à la figure des grands maitres de la musique. Mais cette plongée en soi‑même, rappelle Salim Michaël, engage l’être tout entier. Les pratiques spirituelles n’ont pas pour finalité, comme on peut le faire croire ça et là, un mieux-être ; elles sont de l’ordre de l’essentiel. Il s’agit en outre d’accomplir ses devoirs dans les mondes extérieur et intérieur, c’est le « seul gage d’un total accomplissement spirituel ».

Extraits du chapitre 11 : Karma et souffrance

Il est nécessaire d’aborder ici une question extrêmement délicate ; il s’agit du karma et de la notion que l’on a généralement de ce mot, car ce terme est le plus souvent utilisé de façon irréfléchie pour, en quelque sorte, justifier la souffrance et l’injustice qui accablent tant de gens.
Il faut préciser que la doctrine du karma est originaire de l’Inde et antérieure au bouddhisme ; elle imprègne toute la philosophie hindoue. Il s’agit d’une loi impersonnelle de causalité, reprise par le Bouddha, et qui n’a aucun rapport avec une quelconque rétribution morale.

Partout dans le monde, les êtres humains ont toujours cherché à connaître la raison des injustices et de la souffrance qu’ils subissent et qu’ils voient autour d’eux. L’Occident a répondu à cette interrogation troublante en  les attribuant àla volonté  de Dieu, une volonté qui reste incompréhensible pour l’homme, mais que celui-ci doit accepter. L’Inde mystique, quant à elle, a reconnu la loi de l’enchaînement des causes et des effets, un enchaînement infini, trop impersonnel pour pouvoir satisfaire à la soif populaire de justice ; aussi, la doctrine originelle a-t-elle été déformée en une notion de faute et de mérite. C’est précisément cette idée qui, actuellement, est couramment véhiculée en Occident, avec son dangereux corollaire de condamnation et de dureté à l’égard de l’autre.

Bien qu’il soit vrai, comme expliqué à plusieurs reprises dans cet ouvrage, que chaque être humain est et ne peut être que le résultat de ce qu’il a fait de lui-même dans un passé proche ou lointain (c’est-à-dire de la façon dont il a agi et de ce qu’étaient ses principaux intérêts dans la vie) et qu’il  se trouve parfois placé dans des situations qui lui paraissent excessivement dures, mais que, sans peut-être qu’il ne le réalise, il a attirées à lui par la manière dont il vibre en lui-même, cela ne signifie pas pour autant que tout ce qui lui arrive comme drames ou comme difficultés soit la conséquence de mauvaises actions commises autrefois. Il ne faut en effet pas oublier que tout être humain subit, dès l’enfance (alors qu’il est encore très vulnérable), le conditionnement de son entourage et de son époque ainsi que le destin du pays dans lequel il est né — destin parfois terrible, comme on l’a vu au Rwanda, en Bosnie, au Cambodge, au Tibet, ou encore durant la seconde guerre mondiale —, et cela, sans qu’il n’ait une quelconque « faute karmique » à expier.

Il existe certainement des causes à tous ces drames, et ces causes ont produit des effets (ce qui est la stricte définition de la loi du karma proclamée par le Bouddha, à savoir : « Il n’y a pas d’effets sans cause »), mais la cause n’est pas forcément imputable à celui qui en subit l’effet. C’est cette constante confusion entre la cause de la souffrance et la responsabilité de celui qui la subit qui fait que le mot « karma » est jeté sans réfléchir au visage de malheureux d’une façon que l’on ne peut que qualifier d’intolérable — comme c’est le cas pour les intouchables en Inde !

Ces pauvres gens sont constamment traités avec mépris, car la croyance populaire hindoue attribue le fait de naître intouchable à des fautes commises dans d’autres existences.
C’est ainsi, par exemple, que, quand un brahmane a besoin de faire réparer ses sandales endommagées, comme ce serait se souiller que de manipuler du cuir — la peau d’un animal mort —, il s’adresse à un intouchable. Il reste à une certaine distance de celui-ci, pour ne pas être souillé par lui, et lui jette les chaussures que le cordonnier ramasse humblementet s’empresse de réparer. Un fois le travail accompli, il serait irrespectueux de sa part de lancer les sandales à leur propriétaire, aussi, les dépose-t-il à terre, puis il s’éloigne suffisamment pour que le brahmane puisse les récupérer ; ce dernier laisse sur le sol une somme dérisoire, qui est, selon lui, tout ce que cet homme mérite — vu son mauvais karma, cause de sa naissance en tant que hors caste —, et avec laquelle ce pauvre hère doit nourrir sa famille qui vit dans une misère effroyable !

Ce brahmane se demande-t-il jamais quel peut être le sentiment de ce malheureux, constamment traité avec un tel mépris ? Songe-t-il un instant à la terrible prison mentale dans laquelle ce paria est enfermé, une prison mentale qui est pire que la prison physique — de laquelle il est parfois possible de s’échapper.
Mais n’est-il pas vrai que, sans en avoir généralement conscience, l’homme non illuminé enferme tout le temps, d’une façon ou d’une autre, les personnes avec qui il entreen contact dans l’impression qu’il se forme d’elles et qu’il n’arrive plus  à lâcher, parce qu’il est incapable d’être suffisamment présent et libre intérieurement pour pouvoir les regarder toujours d’une manière neuve ? Et, ce faisant, d’une façon très particulière, il s’enferme lui aussi dans la prison dans laquelle il met les autres !

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Pour revenir à la question si troublante de l’injustice criante qui règne partout dans le monde, ne faut-il pas s’interroger sur le fait qu’en dépit des maux qui affligent l’humanité, il y ait si peu d’hommes et de femmes qui cherchent à connaître la véritable raison de leur présence sur Terre ? La plupart restent sous l’emprise hypnotique du monde visible et demeurent passivement asservis aux plaisirs sensoriels qu’il leur offre.
Vu que seule une infime poignée tente de répondre à un appel intérieur qui relève du Sacré, et cela bien que l’existence manifestée soit tellement insatisfaisante et parfois même révoltante, qu’adviendrait-il si celle-ci était à jamais agréable, paisible et dénuée de toute lutte et de toute douleur ? Il n’y aurait alors plus aucune chance qu’un seul être humain se souciât de dévoiler le sens mystérieux de l’apparition de la Vie sur cette planète. Dès lors, il est peut-être permis d’affirmer que l’imperfection, le désordre et l’injustice ont, dans un certain sens, leur place dans l’existence ; ils ont un rôle mystérieux à jouer dans la Création et sont, paradoxalement, nécessaires pour inciter l’être humain à essayer de trouver une réponse à l’énigme de sa propre vie et d’appréhender la raison de la souffrance inhérente à toute incarnation.

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Comme dit précédemment, si, devant l’infortune des autres, un chercheur entretient l’idée que tout ce qui leur arrive résulte de fautes qu’ils auraient commises autrefois, il peut très facilement devenir insensible à leur détresse. Dans cette même logique, il risque de nourrir en lui le sentiment, conscient ou inconscient, d’avoir mérité toutes les circonstances favorables dont il a pu bénéficier au cours de son existence, en les attribuant aux bonnes actions qu’il aurait accomplies jadis. Ce faisant, il tomberait dans le piège de l’autosatisfaction qui le maintiendrait emprisonné à son détriment dans une image flatteuse de lui-même et lui barrerait la route vers la réalisation de ses aspirations supérieures.