2 – S’éveiller de son sommeil diurne

Pour parvenir à connaître sa Source par une expérience directe, autrement dit, connaître l’illumination, il faut que le chercheur s’éveille de l’état brumeux de bavardage intérieur dans lequel il est plongé intérieurement et qu’il considère comme normal. Il lui faut stopper le flot de pensées incontrôlées qui se succèdent sans trêve dans son mental.

Dans le silence de l’insondable chapitre 1

Tel qu’il est d’ordinaire, en raison d’un très curieux état d’absence à lui-même dans lequel se déroule généralement sa vie, il est impossible à l’être humain de soupçonner que, lorsqu’il sort de son sommeil nocturne, il continue pourtant de dormir, mais d’une autre manière, qui lui échappe.
En effet, tout comme sa conscience subit d’incessants changements au cours de ses rêves nocturnes (selon les sortes de pensées et d’imaginations qui s’élèvent et s’évanouissent en lui sans contrôle de sa part), de même, durant la journée, il est, à son insu, la proie de processus mentaux tout aussi incontrôlés et désordonnés ; toutefois, comme il vient d’être dit, en raison de son état coutumier d’absence à lui-même, il n’en est pas conscient. Et c’est précisément à cause de ce dramatique état de sommeil diurne dans lequel vivent la plupart des êtres humains que l’humanité se trouve plongée dans un tel chaos et subit tant de souffrances.
Quand quelqu’un est perdu dans son sommeil nocturne, il ne sait pas qu’il dort ! Ce n’est qu’à son réveil qu’il peut prendre conscience du fait qu’il était endormi l’instant d’avant. Il en est de même pour le chercheur ; ce n’est que lorsqu’il arrive, grâce à un exercice de concentration spécifique, à se décoller un peu de son état habituel d’absence intérieure qu’il peut se rendre compte qu’il était effectivement endormi en lui-même le moment précédent.
C’est justement le fait d’avoir clairement vu la différence existant entre son état coutumier d’absence intérieure, ou, en d’autres termes, de sommeil diurne, dans lequel il était enseveli le moment d’avant, et le court instant où il est parvenu à s’éveiller un peu qui constitue le pas décisif et l’essence même de tout le travail spirituel qu’il doit accomplir sur lui-même.

Les Fruits du chemin de l’éveil – chapitre 10

Il est peu probable qu’au commencement, les chercheurs appréhendent dans toute son étendue le drame de cette curieuse absence à eux-mêmes qui, dès qu’ils cessent de se concentrer au cours de leurs séances de méditation ou de leurs exercices spirituels, les saisit aussitôt à leur insu, et dans laquelle, en raison de l’étrange force hypnotique qu’elle exerce sur leur être, ils peuvent passer le reste de leur journée — ou même leur existence. Aussi, lorsqu’ils veulent s’asseoir une nouvelle fois pour méditer, ils ne font, sans en avoir conscience, que recommencer d’en bas !
Et il leur faut de nouveau fournir — s’ils sont suffisamment sérieux — de longs et pénibles efforts pour “remonter” en eux-mêmes durant leur pratique de méditation avant de pouvoir plus ou moins rejoindre en eux un état d’être et de conscience qui les élève quelque peu. Cependant, sitôt qu’ils arrêtent de se concentrer, ils se retrouvent devant le même problème : cet obscur et quasi insurmontable sommeil diurne qui les engloutit à nouveau dès qu’ils se perdent dans les brumes de leurs rêvasseries coutumières.

Pratique spirituelle et éveil intérieur chapitre 8

Le drame de son incarnation réside dans le fait que, sans en avoir conscience, l’être humain ne vit jamais dans le moment présent ; il se projette continuellement dans l’avenir et l’anticipe constamment. De surcroît, son regard n’est tourné vers le futur que par rapport à ses expériences du passé, car il ne parvient pas à effacer de son esprit ce qu’il était ni ce qu’il imagine qu’il va devenir. Ainsi, pour lui, le passé ne cesse de se projeter dans le futur, et l’éternité, qui se trouve dans le présent, lui échappe toujours.
À peine l’instant présent est-il là qu’il disparaît dans ce qui semble être un néant insondable. Chaque instant est en mouvement vers un autre et devient un autre instant à chaque fraction de seconde. Pourtant, derrière ce mouvement temporel ininterrompu, quelque chose demeure mystérieusement inaltéré. En dépit des changements continuels de la vie extérieure et malgré le mouvement incessant du temps, l’être humain, sans qu’il en soit conscient, ne peut s’empêcher d’éprouver l’étrange et inexplicable sentiment de toujours exister ou d’être !