S’éveiller, une question de vie ou de mort

Tout chercheur qui s’interroge sur son cheminement spirituel trouvera ici des moyens détaillés et la réponse à sa question la plus essentielle : pourquoi n’arrive-t-il pas, en dépit de tout ce qu’il a lu ou entendu, à atteindre l’illumination ?

Par delà la tranquille simplicité des mots et des énoncés, s’ouvre un univers de compréhensions fondamentales. Salim Michaël pointe très précisément ce que doit être une juste appréhension du vrai sens de l’existence et remet en question la notion même de vie et de mort. Quel encouragement formidable de savoir qu’il est possible de se libérer de la peur de la mort et d’affronter cet événement incontournable autrement !

Dès la première page, les mots saisiront le lecteur par leur acuité, traduisant l’extra-ordinaire justesse analytique et observatrice de l’auteur. Il faut saluer ce livre pénétrant, éclairé, qui nous guide sur le chemin de la libération, conformément à ce que l’expérience intérieure directe a enseigné à l’auteur. Pas un mot, pas une ligne qui n’en soit le fruit.

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt « S’éveiller, une question de vie ou de mort », et je veux dire combien je l’ai apprécié.

L’Esprit qui s’y manifeste est celui, universel, qui souffle dans toutes les grandes religions, non différente de celui du Bouddha, qui est d’ailleurs abondamment cité.

Pour parler comme les Bouddhistes, la Nature de Bouddha peut se révéler dans tous les êtres, même chez celui qui n’a pas reçu extérieurement l’enseignement.

Je me réjouis de la découverte que Salim Michaël a effectuée, seul, mais au bénéfice aussi de tous ceux qu’il en a fait profiter.

Jean Pierre Schnetzler   mai 2002

Extrait du chapitre 13 : Etats Prédominants et récurrence

En raison du fait que les niveaux d’être et de conscience de la majorité des chercheurs sont généralement loin d’être suffisamment élevés pour leur permettre de pénétrer des énigmes qui se réfèrent à un domaine mystique,  il leur est difficile, voire impossible, de comprendre que non seulement la récurrence est un phénomène qui pourra se produire pour eux dans une autre existence qui les attend peut-être dans un futur indéterminé, mais qu’en réalité, elle se manifeste déjà, de leur vivant, à un certain degré et de façon plus ou moins évidente.

Si l’aspirant peut se décoller de lui-même pour quelques instants afin de s’examiner objectivement — ce qui lui demande un effort particulier qui lui est inhabituel et n’est pas facile à fournir ‘, il en viendra à découvrir les différents états d’être qui lui sont devenus coutumiers et qui se réveillent constamment en lui, reprenant possession de son être à son insu. En outre, il remarquera les nombreux actes qu’il répète tous les jours de sa vie et qu’il accomplit sans d’ordinaire en être conscient. De surcroît, il verra que des pensées précises, qui sont devenues une tendance tenace en lui, lui reviennent souvent—ou même continuellement—sans qu’il ne puisse trouver la force de s’en détacher ; ou encore, il s’apercevra que le souvenir de certains événements agréables ou désagréables qui l’ont spécialement marqué resurgit en lui à certains moments et qu’en dépit de sa volonté, il s’y identifie émotionnellement à son détriment. De plus, il constatera qu’il ne peut s’empêcher de vouloir répéter des propos qui lui sont devenus habituels, sans qu’il ne lui vienne à l’esprit de les mettre en question. Et il ne faut pas non plus oublier les innombrables mouvements physiques qu’il exécute automatiquement tout au long de la journée, dans un état d’absence à lui-même. Tout cela  constitue une forme de récurrence, plus ou moins subtile, qu’il ne pense pas à reconnaître comme telle, et dont, sans le soupçonner, il se trouve en quelque sorte être la victime.

Par leur constante répétition inconsciente et machinale, ces états, pensées, images, émotions et gestes deviennent une manière d’être qui le conditionne et le plonge dans une sorte de torpeur mentale, ou plutôt, dans un sommeil diurne très particulier qui lui obstrue la voie vers son Etre Céleste, l’empêchant ainsi de connaître la Vraie Vie qui lui est destinée.  (…)

Ces états prépondérants (tristesse, appréhension, angoisse, agitation, etc.) qui resurgissent en lui dans le courant de la journée et auxquels, à son insu, il s’identifie émotionnellement suscitent en lui, de façon récurrente, des imaginations et des pensées liées à certains événements et expériences spécifiques qu’il a traversés et auxquels, de la manière la plus étrange, et même absurde, il est devenu attaché. Or, cet attachement l’aveugle et lui interdit de se rendre compte de ce qui lui arrive constamment, l’empêchant par conséquent de réaliser l’importance pour lui de chercher les moyens de s’en libérer. La force de l’emprise de ces états sur sa psyché lui rend d’autant plus difficile la perception et la compréhension de leur récurrence en lui.

Il demeure de cette façon prisonnier du passé, et le présent, qui seul peut lui ouvrir une porte vers de nouvelles perspectives et des compréhensions supérieures sur la vie et sur lui-même, lui échappe.
Aussi, s’avère-t-il indispensable pour le chercheur de prendre conscience qu’il lui est possible de briser les liens qui l’enchaînent à ces états émotionnels — qui ne cessent de le conditionner à son détriment — s’il comprend suffisamment l’effet indésirable qu’ils ont sur sa psyché. Il verra alors la nécessité impérative pour lui de parvenir, pendant sa méditation, à être plongé dans une absorption intérieure si profonde qu’il en vienne à perdre complètement son individualité coutumière — rivée indissolublement à ces états défavorables et devenue pour lui le moyen par excellence de sentir qu’il existe — pour découvrir en son être ce que les Bouddhistes appellent le Dharma-Khaya Éternel, qui est sa Nature Primordiale, la Source d’où il a originellement émergé.

L’aspirant sera aidé dans ses efforts pour connaître ce qu’il recèle en lui s’il peut réussir à saisir, par un aperçu direct, que l’évolution de l’Univers et sa propre évolution sont, d’une manière énigmatique qui échappe à la logique ordinaire, étroitement liées. Il lui faut, suite à d’intenses pratiques de méditation, arriver à reconnaître que l’Univers ne se trouve pas seulement en dehors de lui-même, mais, de la manière la plus étrange, aussi en lui. En fait, il le porte mystérieusement en son être, sans pouvoir communément l’appréhender.

Si l’Univers et l’Infini sont Un, et que l’Infini est en l’homme, par conséquent, l’Univers aussi est en l’homme. Ainsi, l’évolution de l’être humain à un tout autre plan d’être et de conscience se révèle-t-elle être aussi l’évolution de l’Univers. Quelle lourde responsabilité l’aspirant se trouve-t-il tout à coup devoir assumer, une responsabilité qu’il ne soupçonnait pas être sienne ! Il peut alors appréhender l’immensité du défi qu’il lui est demandé de relever et qui dépasse la compréhension du commun des mortels.

Il lui faut comprendre que cette évolution particulière consiste pour lui, comme il vient d’être dit, à s’élever à un tout autre plan d’être et de conscience, au delà du temporel, que l’on peut appeler sa Nature Originelle ou Nirvâna. En fait, le Nirvâna doit être appréhendé comme étant un état d’être lumineux sans forme, comme l’Impersonnel que l’on porte en soi sans le savoir d’ordinaire.